Les futurs managers doivent-ils connaitre l'économie ? Et si oui, quelle économie ?

Publié le par Radu Vranceanu, auteur de "Economie Managériale", publié chez Gualino en 2008


La réflexion sur l'enseignement de l'économie n'est pas aisée. Comme pour le foot, chacun a son opinion. Pourtant, ce n'est pas d'opinions que la société a besoin, mais de connaissances et de réformes.
L'enseignement de l'économie en France, en dehors de programmes spécialisés dans cette discipline, n'est pas satisfaisant. Quelques dirigeants en sont conscients : la méconnaissance des mécanismes économiques rend difficile la mise en œuvre de réformes pourtant nécessaires pour affronter les défis du nouveau siècle. Celui qui ne comprend pas un tant soi peu ces mécanismes ne peut pas avoir une représentation opérationnelle du monde, même si elle est schématique. Il ne peut pas non plus avoir une perception suffisante des effets induits et inattendus de ses choix. Hélas, ces effets peuvent être très importants, comme c'est le cas d'un grand nombre de réformes « bien intentionnées » adoptées par les gouvernements de tous bords, dont les effets « secondaires » s'avèrent dramatiques.

La science économique a depuis quelques temps fait des progrès indéniables. Elle permet de traiter de sujets d'une grande complexité, et avec rigueur. Mais il y a un prix à payer pour cette puissance accrue : le recours à des instruments et méthodes qui ne peuvent être utilisées à bon escient que par les personnes ayant fait l'effort de les maitriser. IL est par exemple difficile de comprendre l'instabilité financière actuelle sans une représentation du mécanisme de formation et de révision des anticipations. Loin de moi de prétendre que l'économie peut tout expliquer. Mais elle permet d'expliquer suffisamment des choses pour qu'on la prenne au sérieux, tout comme les autres sciences sociales.

Malheureusement, il faut reconnaitre que l'enseignement actuel de l'économie, que ce soit au lycée ou même souvent dans les formations supérieures, ou dans des disciplines proches de l'économie, comme la gestion, est souvent de nature à décourager les bonnes volontés. Je mentionnerai par exemple l'obsession des grands tableaux de données avec des descriptions minutieuses mais la plupart du temps sans intérêt, la description dans les moindres détails des institutions sans que soit fait le lien entre ces dernières et les mécanismes de transmission des chocs économiques ; à mentionner aussi l'accent mis sur des questions de redistribution, certes importantes, mais qui au bout du compte dégénèrent en un message idéologique démodé, la méfiance permanente vis-à-vis des entreprises et la confiance aveugle en l'Etat. On arrive ainsi à diplômer des jeunes qui savent combien il y a d'entreprises de 10 à 20 employés dans le textile, mais qui n'ont aucune idée des facteurs qui déterminent l'inflation, ni du rôle ou des moyens d'action d'une Banque centrale, ni des mécanismes de fonctionnement du marché du travail.

Les jeunes ont besoin de connaitre les principes de l'économie contemporaine pour mieux s'adapter au monde dans lequel ils vivent et vont vivre. Et pour aider à le réformer, si nécessaire. Pour cela, l'économie d'origine néoclassique, en comprenant bien qu'elle a beaucoup évolué au fil du temps avec l'introduction de comportements non-coopératifs, de rigidités, d'information imparfaite, d' externalités, de rationalité limitée, doit être le socle de l'enseignement de l'économie en France, comme elle l'est presque partout ailleurs dans le monde occidental.

Les écoles de gestion se doivent de renforcer l'enseignement de l'économie. Il ne s'agit pas de réduire les heures consacrées aux autres disciplines. Mais de comprendre que les futurs cadres auront à prendre des décisions dans un environnement où le facteur économique est déterminant. Leurs décisions seront meilleures s'ils savent mieux décrypter cet environnement.

par Radu Vrânceanu, professeur d'Economie à l'ESSEC
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Publié dans Management

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